Je regarde ma main, qu'Adam tient dans la sienne.
Yo-Yo Ma continue de jouer et la musique coule en moi comme une transfusion.Les souvenirs de mon existence passée m'arrivent en rafales,ainsi que des flashes de ma vie telle qu'elle pourrait être désormais. Tout va vite, trop vite. Ca se bouscule, jusqu'au moment où cela doit s'arrêter.
Il ya un éclair aveuglant, une douleur qui me déchire un bref et terrible instant, un cri qui s'élève en silence de mon corps brisé. Pour la première fois, j'ai la sensation de souffrance qui m'attend si je reste.
Mais à ce moment-là, je sens son contact. Je ne suis plus assise sur ma chaise, pliée en deux. Je suis allongée sur le dos dans mon lit d'hôpital. Mon corps et moi ne faisons plus qu'un à nouveau.
Adam pleure et je pleure aussi, à l'interieur, parce que enfin j'ai des sensations. Je sens non seuement la douleur physique, mais l'horreur et la profondeur de la perte que j'ai subie et qui va laisser en moi un cratère que rien ne pourra combler. Mais je sens aussi tout ce qui remplit ma vie, y compris ce qui a disparu et ce qu'elle me réserve et que j'ignore encore. Et c'est trop pour moi. Ces sensations s'accumulent et menacent d'exploser dans ma poitrine. Je n'ai qu'un moyen d'y survivre : me concentrer sur la main d'Adam qui serre la mienne.
Et soudain j'éprouve le besoin de tenir sa main, un besoin comme je n'en ai jamais connu jusque-là. De la serrer, sans me contenter de le laisser serrer la mienne. Je transmets le peu d'énergie qui me reste à ma main droite. Je suis faible et c'est affreusement difficile. C'est la chose la plus difficile qui soit. Je rassemble tout l'amour que j'ai eprouvé, toute la force que papy, mamie, Kim, Willow et les infirmières m'ont donnée, tout le souffle que papa, maman et Teddy me communiqueraient s'ils le pouvaient. Je réunis mes propres forces, les dirige comme un rayon laser vers les doigts et la paume de ma main droite. J'imagine cette main en train de caresser les cheveux de Teddy, de tenir l'archet au-dessus de mon violoncelle, d'être entrelacée avec celle d'Adam.
Puis je serre.
J e retombe en arrière, épuisée, sans trop savoir si j'y suis arrivée. Ni ce que cela signifie. Ni si cela a été enregistré. Si cela compte.
Mais je sens l'étreinte d'Adam qui se resserre, de sorte que j'ai l'impression qu'il tient mon corps tout entier. Qu'il pourrait me soulever hors de ce lit. Puis j'entends sa respiration qui s'accélère, suivie du son de sa voie. ... >>